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ORCA / Nicolas Daubanes

11 septembre - 4 décembre 2020

Les Glacières, Bordeaux Caudéran

 

Partenaires : Föhn (plateforme curatoriale), le Groupe des cinq, les Glacières et l'entreprise Dauchez Payet.

L’homme qui murmurait à l’oreille des requins.

ORCA est un navire à la dérive qui avance dans la pénombre. Sa trajectoire est maintenue par un équilibre précaire, au gré du vent et des rencontres fortuites.

Aux Glacières, ancien entrepôt de pains de glace construit en 1909, Nicolas Daubanes propose une nouvelle œuvre in situ inspirée par l’architecture spécifique du lieu. Les éléments présents dans l’exposition répondent à l’espace et ses matériaux (bois, verre, béton). Les coursives qui entourent la serre centrale sont ici propices à la construction d’une déambulation.  Elle rappellent, par analogie, les chemins de ronde dissimulés derrière les murs extérieurs des prisons.
 
L’exposition fait appel au sabotage, à la résistance et à la survivance, notions qui sont chères à Nicolas Daubanes depuis plusieurs années. ORCA s’inspire de l’histoire d’un détenu qui avait réussi à s’échapper grâce à l’action exercée par le vent sur les fils barbelés. Ici, les lames s ‘émousseront au fil des expositions. Pour Nicolas Daubanes, le caractère véridique de cette anecdote importe peu. Il s’attache plutôt à la portée symbolique et à l’élan de liberté qu’il révèle. Quelques lames vibrent doucement sous l’action du courant d’air. L’accordéon se déploie, comme les idées empreintes d’un irrémédiable désir d’émancipation que l’artiste distille dans chacune de ses œuvres. Aux Glacières, nous sommes à la fois attirés et repoussés par les grands cylindres qui tourbillonnent.

Trois images ponctuent le propos et présentent la technique de prédilection utilisée par l’artiste. La poudre d’acier aimantée habille le papier ou le verre, créant une texture en relief. Situés de part et d’autre de la serre, les dessins complètent l’histoire : deux drapeaux enroulés évoquent une estampe de Piranèse (détail de la série Les prisons imaginaires
1.). De l’autre côté du hangar, un navire de guerre anglais transformé en bâtiment de servitude (une prison) au XIXe siècle dialogue avec l’installation des colonnes de barbelés. Enfin, à l’extérieur, dans le patio des Glacières, une  falaise aux angles saillants sera pendant deux mois altérée par les éléments :  le vent ou la pluie viendront progressivement modifier le dessin sur verre soumis aux aléas et hasards des intempéries.  

Tel les sentinelles qui parcourent les chemins de ronde des prisons du monde, nous devenons ici les arpenteurs d’un espace d’exposition, où l’amplitude de nos gestes et de nos faits sera à modérer.


Élise Girardot, septembre 2020.

1. Marguerite Yourcenar décrit en 1959 dans Le Cerveau noir de Piranèse un « monde factice, et pourtant sinistrement réel, claustrophobique, et pourtant mégalomane (qui) n’est pas sans nous rappeler celui où l’humanité moderne s’enferme chaque jour davantage... ».

Nicolas Daubanes, ORCA, 2020. Crédits photo : Emma Blanchard.
Commissariat : Élise Girardot.

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