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L'automne des idées

Frac Poitou-Charentes

7 novembre 2025 - 3 mai 2026

Avec Philippe Amiel, Malala Andrialavidrazana, Elize Charcosset, Isabelle Ferreira, Rodney Graham, Clara Ianni, Farah Khelil, Meiro Koizumi, Mathias Mareschal, Louise Sartor, Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi, Patrick Tosani

À Chazelles, non loin d’Angoulême, on a trouvé un crâne de femme étrangement isolé dans les grottes du Quéroy. Les études archéologiques émettent diverses hypothèses, celle d’un rituel ou sacrifice humain, ou celle d’un jugement qui aurait conduit à séparer cette femme du reste de sa communauté. L’automne des idées invite le visiteur à suivre une métaphore autour du crâne conservé au Musée d’Angoulême : les œuvres de l'exposition résonnent avec les strates mémorielles. En géologie, l’érosion correspond à une altération de l’écorce terrestre, d’origine naturelle, ou consécutive aux activités humaines. En médecine, l’érosion signifie l’altération des tissus, suite à une inflammation ou un traumatisme. L’érosion de la terre, comme l’érosion des corps puis des récits, anime l’exposition, dont le titre est emprunté à un vers de Charles Baudelaire. Dans le poème L’ennemi (1857), il personnifie le temps, décrit comme un monstre à craindre avec lequel le poète semble entretenir un lien de domination, voire d’aliénation. En filigrane, l’image du jardin automnal transparaît, presque entièrement dépouillé, comme une illustration visuelle des désastres du temps qui préfigurent la mort, et la nécessaire réparation. Les œuvres des artistes deviennent ici tantôt des fossiles, tantôt des failles temporelles, des narrations trouées voire traumatiques. 

L’exposition traverse des mémoires, des oublis et des obsolescences. Des fossiles ponctuent la trajectoire du visiteur qui observe des failles moulées dans la roche, des images qui pourraient être ancestrales : les sculptures de Mathias Mareschal issues du littoral Atlantique, le paysage peint sur un petit carton par Louise Sartor - entouré par les archives du centre de documentation -, ou encore le dessin au pastel sec d’Elize Charcosset. Ces représentations nous montrent comment les artistes transforment les traces existantes pour créer de nouvelles narrations. On découvre peu à peu des récits fragmentés avec Isabelle Ferreira (où des visages coupés côtoient de la peinture acrylique écaillée), ou des mémoires recouvertes de poussière avec Meiro Koizumi. Dans sa vidéo Trapped Words (2014), le protagoniste Monsieur Harada raconte comment il a été secouru par une femme qui s’est allongée sur lui afin de recouvrir son corps d’enfant pour le sauver d’une mort certaine. Ce rescapé de la Seconde Guerre mondiale nous fait entrevoir un cheminement narratif, où il puise dans les confins de sa mémoire ancienne. On songe à la femme de la tête du Quéroy, enfouie elle aussi, comme cette anonyme japonaise disparue sous les décombres. Pour atteindre la vidéo, il vous faut longer un grand tissu argenté, servant initialement à protéger des objets ou surfaces de la chaleur du soleil. 

Dans l’exposition, les présences humaines sont rares et souvent fragmentées : un visage aux yeux clos, un squelette qui laisse entrevoir la carcasse d’une femme qui cherche à savoir si elle porte un enfant, des visages coupés, dont l’identité devient un puzzle à reconstituer, ou encore la porte-parole de victimes privées de leur témoignage. La présence des humains est aussi suggérée avec la vidéo de Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi, qui révèle le cœur battant d’une grotte réinvestie en une fête désertée, dont le brouhaha caractéristique est inexistant. 

Au fur et à mesure de la déambulation, on s’aperçoit que les œuvres - elles aussi - appartiennent à une mémoire construite, la mémoire d’une collection, comme ce Passage (1983) acquis en 1984 par le Frac Poitou-Charentes : un espace mental où le marbre creusé par Philippe Amiel évoque un seuil, vers un au-delà inconnu. Cette sculpture correspond aux premières acquisitions du Frac, elle fait partie des œuvres qui sont peu - voire jamais - montrées et qu’on appelle officieusement le « fonds inerte ». Ces œuvres d’art auraient-elles vraiment perdu tout mouvement ? Aussi, quel est l’avenir des œuvres abîmées par le temps mais qui incarnent paradoxalement les trésors d’une collection inaliénable ? 

Le grand arbre inversé de Rodney Graham est dédoublé de manière inédite pour l’exposition, grâce à l’accord du studio de l’artiste. On songe à la camera obscura qui permet de fixer une image à l’aide de la lumière et d’un procédé rudimentaire, laissant une trace, là-aussi. On voit ici la photographie obsolète, dénudée de son cadre et dont les couleurs brûlées au fil des années attestent d’une nouvelle vie de l'œuvre d’art, une vie post-mortem, un fantôme photographique voué à une destruction prochaine. Celui-ci rejoindra l’intérieur des sols criblés de déchets et de restes humains, créant des couches de temps et d’histoires, des catacombes imaginaires. Le nouveau tirage et ses couleurs flamboyantes regagne désormais la collection du Frac Poitou-Charentes. 

Dans une table d’archives, les cartes postales de Farah Khelil sont incisées, créant d’autres failles, cette fois narratives. Ailleurs, la photographie de Patrick Tosani synthétise un arrêt soudain qui interrompt le flux temporel, comme une coupe dans la continuité historique qui nous signifie que les histoires qu’on veut bien nous raconter ne sont jamais linéaires, mais toujours faites de rebondissements à élucider. La photographie rosie témoigne de l’évolution des couleurs altérées par le temps. Les aplats roses ponctuent le parcours et rythment la scénographie, rappelant à notre souvenir la chair qui vit sous notre peau. Ce rose provient du squelette d’Elize Charcosset. Près de là, au milieu de l’espace d’exposition, un autre point de vue dialogue avec le poème de Charles Baudelaire : celui d’une autrice née en 1994, Adèle Yon, qui fait ressurgir l’histoire étouffée de son arrière-grand-mère dans son livre Mon vrai nom est Elisabeth, paru en 2025. À travers cette enquête, elle plonge dans les méandres glaçants des archives médicales, les archives de nos corps tantôt soignés ou malmenés. La maladie, le vieillissement des corps et des sols, la mort des écosystèmes et des espèces qui les habitent : autant de tabous contemporains pourtant urgents à analyser.

Les sols dissimulent des histoires, des clandestinités, et c’est sous cet éclairage que l’on parcourt la vidéo de Clara Ianni qui nous emmène au Brésil, ou les photographies de Malala Andrialavidrazana qui voyage à travers les espaces funéraires du monde. Comme l’écrit en 2020 la critique d’art et commissaire d’exposition Sonia Recasens : « Contempler les images de la série nous rappelle l’urgence de retrouver une relation apaisée avec la société des morts, pour mieux panser les blessures des vivants ». D’Outre monde (2003) constitue une enquête approfondie, dont nous voyons seulement un échantillon (plus de 7000 photographies ont été prises par l’artiste en Amérique du Sud, en Océanie et en Asie). Les espaces de regroupement des sépultures sont appréhendés de manière frontale ou détournée et présentent les lieux dévolus aux rites funéraires enserrés dans des paysages hyper-globalisés. C’est un portrait en creux des identités de communautés dont les contours sont en constant mouvement.

Sur la mezzanine du Frac, en suspension, nos corps s’allongent par terre, invités par l’artiste Elize Charcosset à recouvrir le sol pour bientôt consommer un mystérieux breuvage. Dans une tension entre passé et futur, on observe et l’on comprend sensiblement que nous n’avons de cesse de tracer - déposer des traces - sans cesse effacées, voire enterrées puis recouvertes, renouvelées, et enfin, réinventées. 


Élise Girardot, octobre 2025​

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Photos : Aurélien Mole / Frac Poitou-Charentes, 2025

© 2025 par Élise Girardot

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