Halida Boughriet. Pandore, 2014. Vidéo HDV couleur, 8min. 44s.

Chronique d’une vidéo en voyage #6

Fort d’Aubervilliers

13.10.2018

Trois cœurs battent au rythme de grands ballons rouges qui rebondissent inlassablement. En apesanteur, les trois cosmonautes du réel lévitent.

Ce soir, au Fort d’Aubervilliers, d’autres enfants dansent dans un écran de télévision.

Le Fort est une ancienne fortification construite en 1843 afin de protéger la capitale ou mater des rébellions. Plus tard, dans les années 1920 et 1930, des expériences radioactives sont menées sur le site.

Samedi soir, les percussions d’une fanfare résonnent avec le son métallique de la vidéo d’Halida Boughriet. Portée par les mouvements ralentis des protagonistes, la fiction apparaît en filigranes dans le décor domestique et familier d’une chambre d’enfant. Le temps étiré révèle la décomposition des corps. Ensemble, ils forment un petit clan où chacun, cantonné à sa tâche, exécute une mystérieuse chorégraphie. Leurs mouvements fantomatiques confèrent à la scène une inquiétante étrangeté.

Bien qu’une dépollution ait été amorcée en 1999, les cas de cancers se multiplient autour du Fort. Au cœur de la zone radioactive, les enfants sont enfermés dans un espace-temps suspendu. L’écho de la vidéo rappelle la sonorité des fonds marins. Dans cet aquarium humain, l’atmosphère devient étouffante, assourdissante. Une menace rôde, invisible pour l’heure. La présence traverse l’image et chuchote quelques mots à l’oreille des enfants. Qui dirige cette mise en scène ? D’où va bientôt surgir le danger qui les guette ?

© 2019 par Élise Girardot

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