Kubra Khademi. Les mauvaises filles, 2018. Peinture sur papier, 65 x 50 cm.

Chronique d’une œuvre en voyage #1

Arnac-la-Poste > Bourges

12.10.2018

La ville de Bourges est située à la confluence de plusieurs rivières. L’afflux de ces courants explique la présence d’une surface marécageuse étendue, au pied de la cité médiévale autrefois fortifiée. Aujourd’hui, un lac artificiel accueille en son sein une myriade d’espèces d’oiseaux migrateurs.

Au milieu des œuvres déployées de part et d’autre du camion de la Biennale art nOmad, onze silhouettes aux allures enfantines habitent la peinture de Kubra Khademi. L’artiste, née en 1989 en Afghanistan, anime un théâtre domestique où les femmes sont seules et ensemble, dans un même mouvement. Elles rythment le dessin, formulent des gestes, des secrets, des interdits dissimulés sous le grand tapis qui couvre la surface du sol. Déclinant une chorégraphie dont on ignore la partition, Les mauvaises filles observent amusées les visiteurs qui tournent autour du camion coloré.

 

Une fenêtre entr’ouverte annonce l’évasion rêvée, ou envisagée. En 2015, après avoir joué le morceau Armor, Kubra Khademi a du fuir l’Afghanistan, la fatwa et les menaces qui pèsent sur elle. Cette peinture esquisse un espace de liberté, où les corps s’envolent, en migration eux-aussi, multipliant les expressions de genre. *

 

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* L’expression de genre d’une personne correspond à sa façon d’utiliser divers codes sociaux (vêtements, attitude, langage) et corporels (corporalité, prise d’hormones, opérations…) attribués à un genre particulier.

© 2019 par Élise Girardot

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